Marche contre les violences conjugales : « Je me demande encore comment ça a pu m’arriver »

À Clermont-Ferrand, des centaines de personnes ont marché contre les violences faites aux femmes, lundi 25 novembre. Manifestante, Véronique a été victime des coups de son conjoint quand elle était jeune. Témoignage.

« Nous sommes le cri de celles qui n’ont plus de voix », scandaient plus de 600 personnes dans les rues de Clermont-Ferrand, lundi soir, à l’appel du Collectif 8 mars*. Sur la musique de fond Balance ton quoi d’Angèle, toutes et tous avaient un chiffre en tête : 138. Le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier 2019 en France, selon le collectif Nous Toutes.

Dans le cortège, une mère et sa fille s’égosillent bras dessus, bras dessous : « À bas, à bas, le patriarcat ». La première a été victime, elle aussi. Elle avait 23 ans, il en avait 30. Elle était « naïve », il était alcoolique.

Véronique est enceinte la première fois qu’il lève la main sur elle. Le lendemain du rassemblement, dans son appartement clermontois à la décoration soignée, autour d’un café, cette quinquagénaire raconte : « Je crois qu’il n’a pas supporté la responsabilité de devenir père. Un soir, il est rentré très tard. J’étais inquiète donc je me suis énervée et il m’a jetée par terre. Il m’a mis une gifle dans la figure. » Lèvre ouverte, elle raconte à ses parents qu’elle est tombée dans l’escalier. Comme les 219.000 femmes victimes de violences conjugales chaque année**, Véronique est sous emprise et amoureuse. « Je me suis dit que je l’avais poussé à bout, que ça n’allait pas se reproduire. Il m’impressionnait, je me sentais inférieure à lui. »

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Aucun milieu épargné

Si ces phénomènes existent dans tous les milieux, Véronique précise qu’elle « n’était pas prédestinée à ça. J’ai reçu une bonne éducation. Mes parents vivaient dans une banlieue pavillonnaire du Val d’Oise, je n’ai manqué de rien. Je me demande encore comment ça a pu m’arriver à moi ».

À la naissance de leur fille Sarah, la situation empire. Ils se séparent mais Véronique, désemparée, retourne avec son bourreau. Il la force à déménager dans le Sud, loin de sa famille et de ses amis. « Il fallait que j’assume ce choix, je leur disais que tout allait bien. » La peur de l’échec lui donne l’espoir que tout s’arrange.

Ce n’est qu’à la quatrième rupture et sa troisième hospitalisation que Véronique met un terme à ce cauchemar. Sa confiance en elle complètement ébranlée, elle tente de mettre fin à ses jours. Trois fois. Sous les yeux déconcertés de Nina, sa seconde fille à peine majeure, Véronique se confie : « Il me rabaissait en permanence, il me disait que j’étais une mauvaise mère. Je pensais que tout le monde se porterait mieux sans moi. » Persuadée qu’elle n’en serait pas arrivée là sans son bourreau, Véronique est soulagée de voir que le suicide forcé reconnu comme une circonstance aggravante pour les hommes violents fait partie des mesures du Grenelle contre les violences conjugales.

Beaucoup de jeunes et de très jeunes ont participé à la marche. Photo Julia Castaing
Quand elle regarde les chiffres insoutenables des femmes victimes de violences conjugales, elle ne s’y intègre pas. « Quand je raconte cette histoire, je n’ai pas l’impression de parler de moi. Je ne suis plus la même personne. » Si aujourd’hui Véronique, plasticienne, partage sa vie avec le père de sa seconde fille ─ professeur de français, il a adhéré à l’association Zéro Macho en soutien ─ elle avoue être méfiante à l’égard des hommes. « Ça a laissé des cicatrices, ça joue toujours sur mes relations. »

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« Être une femme, c’est y penser partout, tout le temps »

« Je veux que les femmes puissent sortir dans la rue sans avoir peur, affirme la quinquagénaire. On éduque nos filles dès l’enfance à faire attention à la longueur de leur jupe. Être une femme, c’est y penser partout, tout le temps. En tant que parent, quand mes filles sortent, je ne peux pas dormir tranquille. Si j’avais eu deux garçons, ça aurait été différent. »

Tout juste arrivé à Clermont-Ferrand, ce duo complice a rejoint l’association Osez le féminisme pour ne plus être seulement spectateur. Si Nina aussi a eu besoin de s’engager, c’est parce qu’elle a été violée quand elle avait seize ans. Par un homme de sept ans son aîné, lui aussi. Pour se reconstruire, la jeune étudiante en psychologie a souhaité agir. « Là-bas je me sens comprise, je ne suis plus seule. » Un mal, qui, en plus de toucher tous les milieux, traverse les générations.


36 places d’urgence supplémentaires

Dans le cadre du Grenelle des violences conjugales, 36 places supplémentaires d’accueil d’urgence vont être créées à Clermont-Ferrand pour les femmes victimes de violences conjugales, contre sept actuellement. “Ce n’est pas encore assez mais on partait de tellement loin que c’est révolutionnaire”, atteste Gilles Loubier, directeur de l’Association nationale d’entraide féminine. La gestion de ces hébergements d’urgence est effectuée par le 115. Les victimes sont envoyées vers deux Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), l’Anef ou CeCler. Si aucune place n’est disponible, elles sont dirigées vers une solution hôtelière.


Julia Castaing

*Osez le féminisme 63, le planning familial, Résolument autre, l’Unef et Solidaires Auvergne
** Moyenne selon une enquête réalisée entre 2012 et 2018 par l’Insee et l’ONDRP

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