Les femmes de mai 68 montent sur scène

Treize Montluçonnaises vont monter sur la scène des Îlets pour le spectacle de Nadège Prugnard Women 68. Elles avaient entre 15 et 26 ans en Mai 68. Rencontre avec trois d’entre elles.

« Il faut liquider l’héritage de Mai 68. » La phrase prononcée par Nicolas Sarkozy, à l’entre deux tours de l’élection présidentielle de 2007, a inspiré Nadège Prugnard pour son spectacle Women 68 Même pas mort. Créé en 2008 pour la compagnie Brut de béton production, il revient au centre dramatique national de Montluçon. Dix ans plus tard, le texte de Nadège Prugnard se veut toujours très actuel.

« Avec les mouvements sociaux dans les universités, la montée du fascisme, la lutte pour le droit des femmes, on est encore en plein dedans, même si on décontextualise », explique l’auteure. Avec trois comédiennes et une musicienne, elles vont redonner la parole aux femmes et célébrer le cinquantenaire de ce mouvement social.
Pour donner une vraie place aux femmes de Mai 68, Nadège Prugnard a lancé un appel à volontaires.

Treize Montluçonnaises, les « Mémés rouges » comme elle les surnomme, qui ont vécu Mai 68, participent à trois tableaux du spectacle. « Elles le portent en elles, elles l’ont vécu, ça ne peut pas être plus réel et chargé en émotions », explique la metteuse en scène.

Rencontre avec trois « Mémés rouges »

Autour d’un café, dans la bibliothèque du théâtre des Îlets, Lise Grignon, Jacqueline Palot et Annie Solnon évoquent leurs souvenirs. Novices en théâtre, ces trois femmes ont décidé de participer au projet de Nadège Prugnard. « Je connais la renommée de cette artiste et parler de Mai 68 aux générations qui ne l’ont pas connu me tenait vraiment à coeur », explique Jacqueline.

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Annie avait 15 ans à l’époque, élève au lycée Paul Constans, elle a vécu l’événement « de loin, via les médias, dans la campagne montluçonnaise ». Lise et Jacqueline avait respectivement 25 et 21 ans. La première était enseignante en primaire alors que la seconde était encore étudiante en lettres, mariée, mère de famille, et salariée « un petit boulot alimentaire pour payer les études ». Si toutes ont vécu Mai 68 à leur façon, elles en gardent un souvenir très fort et festif. « L’ambiance était folle à Paris, on ne réalisait pas vraiment ce qu’il se passait, ça a pris de l’ampleur en seulement quelques jours, on était dedans, dans l’action, le monde s’est arrêté pendant un mois », explique Jacqueline.

« On ne pouvait pas porter de pantalon ni avoir de compte en banque. »

Pour ces trois femmes, la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes n’était pas l’essence même des manifestations de Mai 68. « C’était sans doute un élément déclencheur mais les mouvements féministes sont survenus plus tard, dans les années 70 », selon Jacqueline.

« Les leaders de Mai 68 sont tous des hommes, on accordait beaucoup plus de crédit à la parole masculine », se souvient Lise. « Et c’est toujours le cas », déplore Annie.
« On n’avait pas le droit de porter de pantalon au travail, on ne pouvait pas avoir de compte en banque sans l’accord de notre père ou notre mari », « Si on allait boire un coup seule dans un bar, on nous regardait de travers, on était mal vues d’être encore dehors la nuit », « Quand je prenais le dernier métro le soir, pour rentrer chez moi dans le XIIe, j’avais les pétoches », se souviennent ces « mémés ».

« Ça paraît préhistorique mais c’était vrai. Et nous n’avons pas tout gagné, explique Jacqueline, la route est encore longue. »

« Ça paraît préhistorique mais c’était vrai. Et nous n’avons pas tout gagné, explique Jacqueline, la route est encore longue. » Elles regrettent de voir que cinquante ans plus tard, les femmes ont toujours peur en rentrant chez elles le soir et n’ont toujours pas le même salaire que les hommes. Âgées entre 65 et 75 ans, elles admirent la liberté des femmes d’aujourd’hui.

« Le mouvement #MeToo, c’était impensable il y a encore quelques années. C’est à la nouvelle génération de se battre pour nos droits maintenant », ajoute Annie.

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Julia Castaing
Photo Florian Salesse

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