Elise Pignot : « Le rugby n’a pas de sexe, c’est un sport, c’est tout »

Angle 1 : Comment aborde-t-elle son parcours rugbystique ?

A 22 ans, Elise Pignot, se prépare à affronter les All Blacks

Joueuse de rugby à l’ASM Romagnat, elle a été sélectionnée la semaine dernière pour intégrer le stage de préparation de l’équipe de France à Marcoussis en vue de la tournée d’automne. Rencontre.

« C’est un mélange de stress, d’excitation, d’appréhension, confie Elise. Jouer les Blacks c’est énorme. » Déjà sélectionnée l’an dernier, elle connaît les coulisses de l’équipe de France. Elle avait joué contre l’Espagne et l’Italie : « Sans vouloir dénigrer ces équipes, ce n’est pas le même niveau ».

Look à la garçonne, menue et un peu timide, Elise n’a pas l’allure d’une rugbywoman. Et pourtant. A 22 ans, elle possède déjà dix-sept années de rugby derrière elle. « A 4 ans, ma mère m’avait inscrite à la gym, je suis rentrée en pleurant, je ne voulais plus jamais y retourner », raconte Elise, avec le sourire. Après avoir tenté l’équitation, elle s’est tournée vers le rugby à 5 ans. Originaire d’Egletons en Corrèze, où la culture de l’ovalie domine face à celle du foot, elle s’est logiquement tournée vers ce sport. « Tous mes copains faisaient du rugby, je les ai suivis. » Avec son langage tout droit venu du sud, elle lâche des « empéguer », « cagade », la Corrézienne a pris les tics de langage de ses collègues et de l’univers du rugby.

Pas d’équipe féminine

Elle a joué avec les garçons jusqu’à l’âge de 15 ans, puis elle a dû arrêter le rugby pendant deux ans. « Il n’y avait pas d’équipe féminine, regrette-t-elle. Et les filles ne peuvent plus jouer avec les garçons à cause des différences de gabarits ». Elle n’a pu reprendre qu’à 17 ans au club de Romagnat, alors qu’elle était à Clermont-Ferrand pour ses études de Staps.

Avec des entraînements tous les soirs et les matchs le week-end, elle a su concilier études et sport de haut niveau. Si elle a validé une double licence, aujourd’hui, elle préfère se consacrer entièrement au rugby. Employée par son club depuis cette rentrée pour promouvoir le rugby féminin chez les jeunes, elle s’apprête également à signer un contrat fédéral pour l’équipe de France.

La Marseillaise : le graal du sportif

Elle analyse ses deux années de pause avec philosophie : « J’avais repris pour me défouler car j’ai besoin de bouger tout le temps, sinon je deviens vite insupportable. Puis tout est allé très vite ». Elle a débuté en élite 2, puis a intégré l’équipe de France des moins de 20 ans. Depuis 2017, elle évolue en équipe de France sénior. Son objectif à court terme : être sélectionnée, parmi le collectif de trente filles, pour jouer contre les All Blacks lors de la tournée d’automne 2018, les 9 et 17 novembre.

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Il faudra qu’elle donne le meilleur d’elle-même pour être prise « dans les 23 » pour le premier match. « Je serai évidemment déçue de ne pas être sélectionnée mais tout le monde vient pour ça, il va falloir se battre. » Elle fera le stage de préparation avec son acolyte, Emma Coudert, joueuse à l’ASM Romagnat. « On a été lancées dans le grand bain en même temps, on a le même parcours. C’est rassurant d’être ensemble, on peut se soutenir. Ce n’est pas facile de débarquer dans une équipe. » L’occasion également pour la Romagnatoise de retrouver son ancienne coéquipière, Jessy Trémoulière, qui évolue au stade rennais. « C’était mon idole quand j’ai commencé à l’ASM, et aujourd’hui, je joue avec elle en équipe de France. C’est dingue. »

Fière de porter le maillot des Bleues et de chanter la Marseillaise, Elise garde de sa première sélection, son plus beau souvenir et exploit sportif. « C’est une fierté de dingue, une consécration quand on est sportif de haut niveau. C’est l’accomplissement de tout le travail qu’il y a eu derrière. »


Angle 2 : La promotion du rugby féminin chez les jeunes

« Le rugby n’a pas de sexe, c’est un sport, c’est tout »

Elise Pignot - Babinet photo

Elise Pignot, joueuse de rugby à l’ASM Romagnat et en équipe de France, est responsable de la promotion du rugby féminin chez les jeunes. Une école de rugby a ouvert cette rentrée.

A seulement 22 ans, Elise Pignot, encore étudiante en Staps l’année dernière, jongle entre sa carrière de rugbywoman internationale, le championnat de Top 16 avec l’ASM Romagnat et sa nouvelle mission : elle gère l’école de rugby créée il y a un mois dont le but est de promouvoir le rugby féminin chez les jeunes.

« On s’est rendus compte que beaucoup de filles n’osaient pas intégrer des équipes mixtes car elles n’étaient pas intégrées, n’avaient jamais la balle, qu’on se moquait d’elles, ou tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’équipe féminine », affirme Elise. En un an, au niveau national, le nombre d’équipes féminines du championnat de Top 16 a doublé et le nombre de licenciées a augmenté de 29 %. Le rugby féminin a le vent en poupe, et le club de l’ASM Romagnat est bien décidé à le faire progresser. « On m’a dit “voilà le bébé“. C’est beaucoup de responsabilités mais je le vois comme un défi. J’ai envie d’arriver à lancer la section et qu’elle prenne de l’ampleur. »

Dès l’âge de 10 ans, elles peuvent intégrer l’entraînement “découverte“ le mercredi après-midi.  Une quinzaine de jeunes filles ont sauté le pas et se sont inscrites à l’école de Romagnat. Mais l’école peut accueillir un nombre illimité de rugbywomen motivées. La deuxième étape pour Elise Pignot, sera d’aller recruter des joueuses directement dans les clubs aux alentours de Clermont-Ferrand. Si l’objectif de l’ASM est avant tout de permettre aux filles de découvrir ce sport, Élise voit loin : « L’idée est de créer un collectif, de le faire monter en cadettes afin de fonder une équipe réserve. Si les filles ont du potentiel, elles pourront même intégrer l’équipe 1. »

Un manque de médiatisation

La jeune femme, sélectionnée en équipe de France pour la tournée d’automne contre les All Blacks, regrette le manque de médiatisation du rugby féminin. « On fait de meilleurs résultats que les mecs et on est toujours moins présentes. » Loin de voir ça comme une fatalité, elle veut poursuivre les excellents résultats pour donner davantage de visibilité au rugby féminin. « France Télévision commence à diffuser nos matchs. Au début on était sur France 4, on passe sur France 2, il faut continuer pour intégrer le rugby féminin dans les esprits. »

Si elle suivait de très près les Bleus lorsqu’elle était plus jeune, la Romagnatoise s’est un peu désintéressée du rugby masculin. D’abord par manque de temps mais aussi car le jeu ne lui plaît plus. « Ça ne me fait plus rêver, ce n’est plus le beau jeu que l’on voyait avant, ils ne cherchent plus à faire vivre la balle, regrette Elise. Aujourd’hui, ce n’est que du pur affrontement et du défi physique. Chez les filles, on prône un rugby d’évitement, de ruse, de passes et de stratégie. On joue comme les mecs jouaient avant. »

Ce sont ces valeurs qu’Elise tente de transmettre aux jeunes. Et lorsqu’on lui dit que le rugby n’est pas un sport de filles, elle répond : « le rugby n’a pas de sexe, c’est un sport, c’est tout. Et ceux qui pensent le contraire n’ont qu’à venir nous voir jouer. » Pour encourager les spectateurs, elle se bat pour maintenir la gratuité des places. « Les gens s’y intéressent de plus en plus. Ils voient le jeu qu’ils aimaient avant chez les hommes. Mon père, rugbyman du canapé, est le meilleur exemple. Il ne venait même pas me voir à mes débuts. Maintenant, il suit encore plus le rugby féminin que moi. »

Julia Castaing

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